Ce qui frappe d’emblée dans les images de Julien Gobled, c’est leur mystère. Que regardons-nous exactement ? Pourquoi ces images sont-elles si belles, si présentes ? Comment séduisent-elles si puissamment notre mémoire ? Comment peuvent-elles être si fortes tout en restant si fragiles ?
À l’origine, ce sont des images à l’esthétique datée, glanées sur le web, fragments d’une mémoire visuelle partagée. Ces images deviennent alors un terrain de recherche, un « matériau de construction ». Comme pour en extraire une substance essentielle, Julien Gobled les manipule sans cesse. Se libérant de l’étroitesse de la pensée gouvernée par la raison, il les filtre, les efface et les recompose, sans contrôle ni retenue, guidé uniquement par une quête implacable d’émotion picturale.
Le résultat est un corpus d'œuvres aussi dissonant que cohérent. Peut-être est-ce l'irrationnel — la force motrice commune à l'origine de toutes ces images — qui les lie entre elles et nous touche si profondément.
Sylvia Tournerie