Mini interviews : Idir Davaine & Laura Vazquez

idir davaineInterviewlaura vazquezpoems
Date
04 April 2026
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Mini interviews : Idir Davaine & Laura Vazquez

À l’occasion de la publication de Pépites, nous avons demandé à Idir et Laura de partager quelques-unes de leurs inspirations, leitmotivs et processus créatifs.

IDIR DAVAINE 

Né en 1990, Idir Davaine vit et travaille à Paris. Artiste visuel, il se concentre sur des paysages abstraits, composant des champs de couleur audacieux et couvrant ses toiles de formes suggestives et fluides. Diplômé de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2017, il s’appuie sur la photographie comme outil essentiel : capturer des instants de son environnement quotidien, qu’il réinterprète ensuite en peinture acrylique.
En explorant la ligne, la forme et la couleur, Idir déconstruit et réarrange des éléments de montagnes, forêts et paysages naturels, créant des scènes abstraites, dynamiques et vivement colorées. En constante exploration artistique, il élargit continuellement son univers visuel à travers la nature et son observation de la réalité. Cette recherche l’a conduit à une résidence à la Chapelle Saint Antoine en Grèce, où il a poursuivi sa pratique dans un cadre propice à la réflexion et à la création.

Sa première exposition personnelle a eu lieu en juin 2021 à Paris, à la Galerie Ketabi Bourdet. Depuis, son travail y est régulièrement présenté ainsi que dans des foires d’art contemporain en France et à l’international, comme Art Genève en 2024. En 2019, une sélection de ses œuvres a intégré les collections du Centre National d’Arts Plastiques.

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Comment naissent vos peintures ? Qu’est-ce qui inspire initialement ces grands formats, ici reproduits et miniaturisés par impression risographie et sous forme de livre ?

Avant la peinture, il y a une recherche de petits territoires – des zones reculées, enfermées dans des forêts, des fragments de marais, des crevasses, comme de petits royaumes. Je les photographie, prends des notes. Je ne retiens que les impressions les plus marquantes : la lumière, la température, le mouvement de la roche, une ombre étrange, le vent qui porte des débris, la permanence du soleil. Ces espaces sont moins des points de vue que des ensembles de tensions : des lignes qui s’élèvent, s’effondrent, se replient sur elles-mêmes. À cela s’ajoutent des signes et symboles, vestiges de récits intérieurs plus lointains. Tout ce matériau forme le point de départ des peintures. Puis vient le temps du travail lui-même, de l’image qui émerge et impose ses propres exigences. Ces peintures tentent de tenir une ligne fine entre observation et interprétation, figuration et abstraction – comme modes complémentaires de représentation.

J’ai une mémoire très ancienne. Enfant, les parcelles de terrain formées par les échangeurs autoroutiers me semblaient les lieux les plus désirables pour construire ma maison. Ces espaces clos, en forme d’alcôve, sont mes petits royaumes, dont la surface peut être embrassée d’un simple mouvement de tête. J’ai gardé le goût de ces refuges insulaires, que je cherche encore dans les marais, les crevasses, les lieux abandonnés en bord de route que aucun chemin n’atteint. Mes peintures commencent dans ces enclaves.


LAURA VAZQUEZ

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Idir nous a dit qu’il écrit souvent avant de créer des images. Puisez-vous dans des images avant de mettre les choses en mots ?

Pas vraiment. Je puise rarement dans des images avant de commencer. Ce qui vient d’abord, c’est une forme, une structure, un rythme, quelque chose de précis dans la langue. Des images peuvent apparaître, mais elles viennent après. Elles émergent du travail de la phrase. Ce qui m’intéresse, c’est que la forme elle-même pense, que la structure porte son propre discours. Et puis, parfois, je fais de petits schémas.

Basse réalité d’un petit volume et Haute réalité d’un petit volume sont les titres des deux poèmes que vous avez écrits dans Pépites. Qu’est-ce qu’un « petit volume » ?

Le mot volume, à l’origine, désigne quelque chose qui tourne, qui s’enroule. Un volume n’est pas seulement une taille – c’est un mouvement, une matière enroulée, une forme qui contient quelque chose. Un petit volume peut être un mot, une image, quelque chose de très petit. Ce petit volume peut contenir une ouverture immense, un fragment de réalité. Il peut se déployer en un sens très large, une expansion qui dépasse largement l’échelle humaine. C’est ce passage qui m’intéresse, entre une forme minuscule et ce qu’elle ouvre.

Entre vos mots et les peintures d’Idir, il semble y avoir une frontière sensible, un rythme, un geste particulier. Voyez-vous des ponts ou des échos entre vos pratiques ?

Oui, il y a une connexion dans le geste – dans le travail d’un matériau, la peinture pour lui, le langage pour moi, avec une attention totale. Et aussi, pour nous deux, il n’y a pas d’illustration, pas d’explication, mais plutôt des éléments (couleurs, lignes) reliés entre eux qui permettent à quelque chose d’émerger.